Parenthèse Kirghize par Max
Parenthèse Kirghize par Max
Parenthèse Kirghize
par max AVIA
Que le temps et les clichés ont passés depuis son NIKON D40 flambant neuf, acheté l’année de ses 18 ans… Baroudeur insatiable, à l’œil et l’esthétique bien rodés, Max Avia s’apprêtait à prendre le trajet de l’aéroport ; direction le Kirghizistan, quand on lui a demandé de faire un petit crochet par la boutique à Paris, histoire de lui claquer une bise et surtout de ramener dans ses valises un petit billet sur son séjour…
Un peu chaque jour, durant ce périple plutôt court mais enivrant, j’ai transposé mes pensées dans un cahier, puis de mon cahier à ce modeste récit de voyage, que Valentin m’a proposé de diffuser sur le blog Olow, avec ceux qui partagent aussi l’amour du voyage, la passion de découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux peuples, et l'émerveillement de contempler sans cesse de nouveaux paysages.
Dans mon backpack, j’ai emporté des vêtements, une lampe frontale, mon appareil photo et un livre de Sylvain Tesson. Pour le reste, les steppes, le silence, les chevaux et les chaleureux sourires seraient déjà sur place.
Découverte du Kirghizistan, au coeur de l’Asie Centrale, à la croisée de plusieurs cultures : de l’Asie (géographique), du Moyen Orient (spirituel, l’islam étant la première religion) et de l’ancienne union soviétique (politique et sociétal). Ce beau mélange ethnique se ressent sur les visages et tenues traditionnelles des habitants. Dans l’architecture, où des statues de Lénine et autres figures soviétiques côtoient des mosquées, également dans la cuisine locale, qui livre ses saveurs délicieuses et complexes où kebabs d’agneau sont accompagnés de salades de pommes à l’aneth et concombre (typique de la cuisine russe), le tout arrosé au choix d’un Ayran (boisson au lait fermenté populaire au Moyen Orient) ou bien d’un thé ou d’une vodka.
On prit la voiture, et sitôt quitté Bishkek, le monde sauvage commença.
Song Kul, ce nom restera longtemps dans ma mémoire. Bienvenue au milieu des steppes kirghizes, dans l’immensité, aux grandes étendues d’herbes vertes et marrons, et à l’infini horizon. C’est le règne des chevaux, des aigles, des vaches et des marmottes.
J’avais lu sur des blogs que cette région était l'une des plus merveilleuses et surprenantes du Kirghizistan, mais une fois dans le décor, on sent une réelle émotion nous parcourir l’âme. Une phrase de Sylvain Tesson me vient alors en tête : si la nature pense, alors les paysages sont l’expression de ses idées.
Face à cette réalité, on ne peut que rejoindre cette idée.
On roule pendant plusieurs heures dans ce paysage médiéval, très peu d’humains rencontrés, puis nous arrivons à la yourte où nous avions une nuit de réservée. Mais personne pour comprendre notre arrivée car personne ne parle anglais.
Après 20 minutes en langue des signes accompagné de francs sourires, on nous offre le thé, on nous apporte des chevaux, et on se fait une nouvelle amie pour les 2 jours à venir, Sally 13 ans.
“La liberté existe toujours. Il suffit d’en payer le prix.”
Henry de Montherlant (Carnets 1957).
Fille du propriétaire du camp, elle incarne la liberté à elle seule sur son cheval, à rassembler les vaches et chevaux du troupeau, et contribuer aux tâches du campement pour accueillir les invités.
J’ai essayé de lui apprendre à se servir de mon appareil photo, et malgré le fait que cette photo soit floue, je l’aime particulièrement car c’est elle qui l'a prise en immortalisant l’expression d’un autre enfant du camp.
Être au milieu des montagnes à 3000m d'altitude, sans réseau ni Wi-fi, sans contact avec notre monde habituel, aucune notification, aucune distraction intempestive, ne subir le diktat de personne. Accueillir les paysages et émotions comme ils viennent, sentir la chaleur du soleil sur son visage au petit matin avec un verre de thé dans la main. Communiquer avec ses hôtes uniquement avec des sourires. Ce fut une expérience exceptionnelle.
Reprendre le contrôle sur son temps est une vraie forme de liberté.
C’est drôle, on rêve d’un pays à l’autre bout du monde, on parcourt Google Images depuis son canapé en s’imaginant dans chacun des décors, on lit des blogs de voyageurs, puis on se retrouve sur un cheval au milieu d’une steppe kirghiz à regarder l’horizon et en laissant aller ses pensées. C’est devenu tellement facile de voyager, un billet d’avion réservable en ligne, quelques recherches d’itinéraires et on passe à l’action.
La nature, le froid et les animaux seront demain des denrées rares. Profitons-en tant qu’il est encore temps.
Du côté d’Altyn-Arashan, nous avons fait une randonnée en montagne jusqu’à 4000m pour pouvoir observer le lac gelé d’Issyk Koul. Nous avions fait le choix d’être accompagnés d’un guide au vu de la difficulté des voies non balisées, et nous ne l’avons pas regretté. Ce fut vraiment intense, mais exaltant d’arriver au sommet.
Une fois tout en haut, plus de signe de vie à l’horizon, plus d'oiseaux ni de bétail. Uniquement les sommets des montagnes meringués, le froid et sa brise glacée.
Un proverbe kirghize dit que dans les montagnes, on peut connaître les quatre saisons dans la même journée.
Après cette randonnée éprouvante et une journée passée les pieds mouillés, le retour dans notre yourte chauffée par le poêle fût digne d’un palais. Au chaud sous mes deux couvertures, les jambes encore remplies d’acide lactique, je ferme les yeux et entends crépiter le bois.
Sensation incompréhensible pour les habitués des hôtels luxueux, mais je pense avoir passé une des meilleures nuits de ma vie, l’apaisement total avant l’endormissement était indescriptible.
Comme dans toute course à l’aventure, il arrive toujours quelques imprévus, et vu que les routes de campagne au Kirghizistan ne sont pas toujours goudronnées, deux fois nous avons crevé et il a fallu changer le pneu.
Écrire ses notes de voyage c’est lutter contre l’oubli, l’oubli de tous ces détails futiles mais pourtant si importants que l’on rencontre en voyage. L’oubli de ces sensations qui nous parcourent le corps et le cœur. L’oubli des belles rencontres et des sourires affectueux sur ces mines étrangères.
Les années passent et les souvenirs s’estompent. Alors qu’avec les photos et les carnets de voyage, on peut y replonger et revivre une partie de tous ces beaux moments, comme une projection cinématographique. Même les odeurs reviennent.
@max.avia
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