Nouvelle collection - Erreur 404
Nouvelle collection - Erreur 404
COLLECTION FW 22
Erreur 404
PAR VALENTIN PORCHER, CO-FONDATEUR
Sentir les poils de mon pinceau glisser sur l’écran 28 pouces de mon ordinateur m’offre des sensations inédites. À voir quelle tournure prendra cette nouvelle œuvre, mais je pense qu’une fois encadrée et accrochée à côté de ma sculpture de télécommandes, ça embellira encore un peu plus mon salon.
Elle s’accordera à merveille avec ma petite table basse, sur laquelle j’ai disposé ma plante «Zucky» qui s’y sent divinement bien. La chaleur émanant des tubes cathodiques de ce bloc de télévision fait pousser ses feuilles à une vitesse folle.
Jamais je n’y aurais cru avant, mais ça y est, le grand BUG « digitalo-electro-informatique » a eu lieu. Pas de grandes envolées tonitruantes à la hauteur du magma technologique mondial, non.
Juste un son un peu con-con sur nos machines, genre BIP-BIP-BIP.
Ça a grésillé, couiné un peu, nos lumières sont passées de bleu à orange, il y a eu de la neige, et enfin un panneau clignotant avec ces mots :
ERREUR 404 MONDIALE.
Et puis tout s’est bloqué. Aucune touche n’a depuis répondu à l’appel de nos doigts désespérés. Il a fallu trouver alors quoi foutre de tout ce matériel devenu obsolète. La première soirée, j’ai vachement angoissé à l’idée de ne pas pouvoir aller sur les réseaux sociaux avant de me coucher. Et puis je me suis aperçu qu’on s’emmerdait bien mieux sans scroller à l’infini, donc je me suis endormi plus vite que prévu.
Au petit matin, dans une forme olympique, j’ai commencé à faire des trucs un peu étranges, comme me scotcher sur la tête mon modem (le moche, celui avec les antennes) et courser les vaches en face de chez moi. Plus le temps s’écoulait, plus je passais du temps dehors, à m’occuper de mes légumes, à créer des totems géants avec tout le matos que je trouvais ici et là. Certains soirs, j’organisais des bons gueuletons dans le jardin, éclairés par cette guirlande de téléphones portables restés allumés que j’avais ingénieusement accrochés à l’arbre.
Photographie : Jeanne Lula Chauveau
Alors bien sûr, tout n’a pas été facile, loin de là, mais petit à petit, chacun a retrouvé sa place, et s’est reconverti. Les accros du tapotage sur clavier n’utilisent plus de raccourcis, mais ont fini par dévaliser les magasins de musique à la recherche de pianos ou autres synthétiseurs. Les adeptes de discussions de comptoirs sur la toile ont repris le chemin du bistrot, les drogués de jeux vidéo ont découvert le flipper et les joies du tilt...
Si un jour, on ne sait jamais, l’un de vos enfants ou petits-enfants curieux vous demande à quoi servait tout ce matériel de technologie inconnu qui peuple désormais les musées, dites lui juste que vous n’avez pas la réponse, mais qu’une chose est sûre :
ça menait dans l’impasse, comme une bonne vieille erreur 404.
Par Valentin Porcher
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