Par définition, le kaléidoscope est un tube de miroirs réfléchissant à l’infini et en couleurs la lumière extérieure. Par comparaison, Krrum est un tube de sons réfléchissant en mesure et en genres la musique extérieure. Le parallélisme ne peut être plus frappant. À moins que ses yeux soient ceux d’une mouche, nous parlons de sa musique et pas de l’homme. À vrai dire, nous n’en savons rien. Ses lunettes rondes dérobent peut-être une vision extralucide, voire même extraterrestre. Il n’en faudrait pas moins pour échafauder un tel univers, hybride et mystérieux, un brin ravageur, où la mélancolie et la gaieté s’affrontent aisément. Quand je demande à Krrum les raisons de sa bipolarité, il déclare : « On ne choisi jamais d’influences particulières en écrivant parce que il est difficile de ne pas essayer de reproduire ce qu’on a déjà entendu. Cela peut porter préjudice à l’originalité. Je crois que c’est important d’écouter une variété de genres et de styles aussi souvent que possible et de laisser son subconscient s’en inspirer. De cette façon, nos goûts et notre personnalité devraient pouvoir se révéler dans notre écriture quoiqu’il advienne. En tout cas c’est ce qui a l’air de marcher pour nous. Pour cette raison, je n’écoute pas souvent de musique électronique lorsque je produis car je retrouve à copier certaines astuces spécifiques. »
L’art visuel de Krrum nous saute aux yeux, s’agrippe à notre rétine comme une lumière éblouissante pour clignoter en strates fantomatiques par la suite. Ce phénomène visuel bien connu de tous, qui brouille la vision lorsque nous fixons trop longtemps une ampoule (sans aucune raison valable, je vous l’accorde), se retrouve ici positivement enclenché par une multitude de détails stimulants. Ses collages édifiants de couleurs, les superpositions de matières en feu sur la pochette du single « Hard on You » ou alors les images noyées de bleu sur celle de l’EP « Evil Twin », dénotent une esthétique flamboyante et singulière, valeur esthète de la folie créatrice de son auteur mais aussi de son entourage : « Nous avions une vraie équipe solide à la création des visuels pour les morceaux. Matt de Jong à l’illustration et Camille et Sara Summers-Valli aux vidéos. Ils ont écouté les chansons et vu les paroles, c’est pour cela que c’est vraiment leur propre vision de la musique. J’aime comment aucunes des images n’a de relation évidente avec la musique. Leurs propres intentions sont subtiles et je crois que ça permet de créer une espace pour que les gens se fassent leur propre idée, plutôt que de se voir raconter la signification au moyen de l’illustration. »
Le défi est largement relevé. L’énumération intelligente des images, accompagnée par les différents genres musicaux (blues, hip-hop, électro entre autres), permet de brouiller les pistes dans une pédagogie tout à fait involontaire, comme si nous participions à une chasse aux trésors organisée par des animateurs sous acides. Ses clips, réalisés par ce même duo Summers-Valli, vivent dans ces mêmes hallucinations. Nous nous tournerons donc délibérément vers ce barbu fantaisiste, couronné d’une aura psychotique exacerbée qui possède plus de doses qu’un noctambule éméché. Doses d’autant plus bégnines et jouissives qu’elles sont à consommer sans modération.