Alban Chainon, disquaire indépendant à Nantes

Le disquaire indépendant

ÉCHANGE AVEC ALBAN CHAINON disquaire indépendant À NANTES

Anciennement rédacteur en chef d’un magazine culturel nantais, Alban a décidé il y a déjà quelques années de se lancer en tant que disquaire indépendant. D’abord en itinérance lors d’évènements puis depuis bientôt un an, en boutique physique à Osmose, rue Joffre. D’abord client Olow des premières heures, nous le connaissons bien aujourd’hui notamment grâce à plusieurs évènements passés avec lui (le Super Marché, la fête de la musique…). Au même titre qu’Olow, son parcours en tant qu’indépendant face aux grandes enseignes nous a interpellé et nous a donné envie de lui donner la parole.

Qu'est-ce que ça signifie pour toi aujourd'hui d'être indépendant ?

Pour moi c’est une volonté d’aller vers les gens, remettre de l’humain. Dans certaines enseignes, l’échange est moins possible. Dans une petite boutique indépendante comme la mienne j’ai plus le temps de discuter et de les conseiller. Je parle de commerce indépendant pour avoir cet esprit de contact et garder la proximité qui se perd parfois dans les franchises. 

J’ai commencé mon métier de Disquaire par l’itinérance, les évènements et ce n’était pas forcément mon but d’avoir une boutique. J’ai eu l’opportunité d’arriver à Joffre grâce à Frozen.  La démarche indépendante se retrouve aussi dans ce que je vais vendre. J’essaye de mettre en avant des artistes locaux, des personnes qui tentent des choses à petite échelle et en petite quantité. On parle souvent de production locale dans la restauration mais cela s'applique aussi à la musique. Je travaille en stock réduit, je préfère avoir moins et connaître mes disques.

 L’idée est de garder cette idée de sélection, de ne pas avoir forcément de tout pour tout le monde contrairement à certaines grandes enseignes.  

J’ai lancé mon projet essentiellement vers les musiques actuelles, il y a beaucoup de neuf et un peu d'occasion. Je me concentre sur ce qu’il sort actuellement et j’ai fait ma clientèle autour de ça. J’essaye ainsi de toucher les personnes qui viennent de découvrir les vinyles, qui sont intéressées par écouter des sons plus anciens mais aussi des morceaux qu’elles écoutent au quotidien. Cela leur donne l’impression de symboliquement plus respecter l'œuvre musicale contrairement au stream sur les plateformes d’écoute. À travers le vinyle on respecte vraiment ce que l’artiste a voulu faire, que ce soit par l’écoute en continu de A à Z que par le travail de la pochette. Celle-ci prend ton sens quand on l’a entre les mains. Une étude récente affirme d’ailleurs que 50% des acheteurs de vinyles sur l’an dernier n’ont pas de platine chez eux.

"On parle souvent de production locale dans la restauration mais cela s'applique aussi à la musique. Je travaille en stock réduit, je préfère avoir moins et connaître mes disques."

Quel est l’impact des grandes enseignes sur les disquaires indépendants ?

L’idée de base des grandes enseignes telles que les Fnac, Amazon était de démocratiser la culture. Aujourd’hui elles essaient de continuer à le faire en écrasant les autres. Cette concurrence est assez difficile à vivre au quotidien, elle est essentiellement sur les prix. C’est David contre Goliath. Que ce soit moi ou des disquaires présents sur Nantes depuis 20 ans. 

La différence c’est que le même disque je vais parfois le vendre 5 euros de plus qu’une grande enseigne car c’est ma marge pour pouvoir en vivre, payer des impôts, la TVA… On essaye de baisser nos marges pour rester à des prix abordables mais on arrive rapidement aux limites. Certains artistes s’engagent en créant des pressages ou disques collector uniquement disponibles chez les disquaires indépendants. On préfère alors les choisir dans nos sélections car cela crée une exclusivité qui nous démarque.   

En terme de prix on peut difficilement faire quelque chose, la différence est clairement sur l’expérience, tu rentres ici on peut parler musique tandis que dans les grandes enseignes ce sera beaucoup plus impersonnel. Dans une petite boutique comme Osmose tu peux écouter le disque, prendre le temps d’échanger et de découvrir d’autres artistes. Ma motivation se concentre sur l’envie de partager. La clientèle qui passe la porte hormis celle de passage, rentre pour ce côté là un peu cosy et différent des autres disquaires.

" Dans une petite boutique comme Osmose tu peux écouter le disque, prendre le temps d’échanger et de découvrir d’autres artistes. Ma motivation se concentre sur l’envie de partager. "

Quel est ton rapport aux majors ?

Le problème des majors c’est qu’elles ont surfé sur la vague vinyle qui est revenue il y a quelques années. Sur des grosses sorties, comme par exemple sur l’artiste Adèle, elles étaient capables de lancer 300 000 vinyles sans arriver à les vendre, bouchant alors les usines de production pour les labels indépendants. Pour eux les albums arrivaient en vinyle 6 mois après leur sortie, ce qui les a beaucoup pénalisés. C’est pourquoi je ne travaille quasiment pas avec les majors car j’essaye de continuer à promouvoir le travail indépendant. Aujourd’hui je collabore avec les distributeurs indés français et j’essaye de limiter les entrées des acteurs qui au final ruinent un peu le marché.

Certains artistes ne s’en rendent pas compte et à mon sens se tirent une balle dans le pied en vendant exclusivement leurs disques dans des grandes enseignes comme la Fnac. Les accords pour eux sont surtout financiers. Le résultat est que que leur audience va se fournir alors essentiellement là bas au lieu de soutenir des personnes qui font ce métier depuis toujours ou des indépendants, ce qui est dommage. Les labels de musique électronique vont être ceux qui vont le plus soutenir les disquaires indépendants comme par exemple le label InFiné. Il y a une réelle culture autour du mix qui crée un respect des platines et du disque, que l’on retrouve un peu maintenant sur la scène pop indé.

"J’essaye de continuer à promouvoir le travail indépendant. Aujourd’hui je collabore avec les distributeurs indés français et j’essaye de limiter les entrées des acteurs qui au final ruinent un peu le marché."

Alban Chainon

@ledisquairedudimanche

ledisquairedudimanche.com

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